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Ami pompier, défenseur de l'esthétisme outrancier, chantre de la pompe musicale wagnerienne, tu n'as pas envie de rire ce soir ? Réjouis-toi : Melancholia est pour toi.

 

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Au fait de sa gloire au tournant des années 2000 avec Dancer in the Dark, Lars Von Trier a fini par agacer en rendant par trop manifestes quelques effets de manche vendus comme d'audacieuses prises de risque formelles.

La première séquence de Melancholia - qui résume en quelques plans l'histoire à venir - ne déroge pas à la règle. Images composées telles des toiles de maître, on remarque le soin apporté aux moindres détails, l'atmosphère ouatée de fin du monde convoquant toute l'imagerie apocalyptique peinte depuis des siècles. Mais on a aussi du mal à ne pas être agacé par le côté un peu pompier de l'ouverture.

 

Le vernis se fissure

 

A l'issue de cette séquence, la première partie est consacrée au mariage de Justine (Kirsten Dunst), cette célébration du bonheur "éternel" et de la pureté (la robe blanche) qui se heurte au déploiement des richesses et à l'étalage des attributs de la réussite sociale dont Justine, son beau-frère John (interprété par Kiefer "Jack Bauer" Sutherland) et son boss (Stellan Skarsgard) en sont les plus manifestes dépositaires.

Pourquoi commencer par un mariage ? Le côté cérémonial oblige à surjouer le bonheur et l'insouciance, simulacre bien au-dessus des forces de Justine frappée par une sorte d'extra-lucidité (le propre de la mélancolie ?). D'autres illustres films commençaient d'ailleurs par un mariage (Le Parrain, Voyage au bout de l'enfer), ce qui n'augurait rien de bon pour la suite... Le cinéaste danois brise sans surprise le vernis de ce sacrement pour s'aventurer succinctement du côté de Festen et déposer quelques premiers grains de sable dans une machine trop bien huilée.

 

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 "Qu'est-ce qu'il est rigolo ce film"

 

L'imminence d'une collision entre la planète Mélancholia et la Terre enterrera définitivement cette hystérie des apparences (Lars Von Trier use et abuse au début des effets de caméra tremblée, en référence au Dogme95) pour sonder deux attitudes opposées au moment de notre fin inéluctable : le calme de Justine face à l'angoisse de sa soeur Claire (Charlotte Gainsbourg).

 

Fin du monde et perte du sens

 

Melancholia s'inscrit évidemment dans toute l'imagerie et l'univers référentiel apocalyptique qui ont traversé les siècles. Mais ce qui frappe est avant tout le refus de faire référence au religieux. Les religions sont nées et ont assis leur succès dans la peur de l'après, de l'apocalypse, de la mort et de l'inconnu. Ce ne devait pas être très compliqué étant donné qu'on est tous plus ou moins angoissé à l'idée de disparaître.

Dès lors, difficile de penser à un film traitant de la fin du monde sans que ne soit prononcé un "oh my god" ou que ne soient faites des références à l'art religieux. En règle générale, deux alternatives s'offrent au scénariste : celle métaphysique de l'Apocalypse et de la colère divine (en gros c'est une force divine - Dieu ou autre - qui détruit notre monde). La seconde option est celle du refuge dans la foi. Dans Mars Attacks par exemple, Annette Benning trouve la paix dans une secte alors que les Martiens détruisent le monde entier.

 

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Le meilleur argument de vente

 

Rien de tout ça dans Melancholia : l'Homme est seul et sans espoir. Aucun recours n'existe, pas de Bruce Willis à envoyer dans l'espace pour nous sauver, pas de paradis céleste où se retrouver peinard après la déflagration. Il est ici intéressant de voir à quel point le film reflète notre époque. La perte de sens, ou plutôt l'absence de sens, définit nos sociétés occidentales qui n'ont plus foi ni dans le religieux, ni dans la théorie du progrès permanent et d'un toujours mieux. Les héros d'aujourd'hui sont devenus mélancoliques (pensons au dernier Batman), ils ont perdu leurs illusions et sont nourris d'angoisses, la foi en l'avenir s'est émiétée.

Cet excès de lucidité crée en l'individu un sentiment intérieur de vide, une impossibilité à fixer le désir, et dont la seule issue serait la mort. C'est en cela que le personnage de Justine est la seule à accepter la disparition de l'humanité, et a fortiori sa propre disparition. Puisque rien n'a de sens, l'étant devient moins supportable que le néant. 

 

Quand la misanthropie fait système ?

 

En compétition à Cannes cette année aux côtés de Tree of Life, les deux films explorent deux pôles opposés : pulsion de vie contre pulsion de mort. Terrence Malick croit en un rachat ultime, Lars von Trier ne voit rien à quoi se rattacher. La métaphysique n'est d'aucune aide puisque nous sommes seuls, la raison est une voie sans issue qui ne peut mener qu'au suicide. Reste l'artifice d'une dérisoire cabane en bois, la victoire de l'imaginaire sur l'implacable. 

 

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Ca sent le roussi 

 

C'est vrai, tout cela n'est pas foncièrement optimiste. Il ne s'agit pas de repartir sur des bases "saines" et "pures" (postulat ultrapuritain défendu dans 2012 où l'humanité peut se retrouver sur une Terre lavée de ses péchés) mais bien de l'extinction complète et définitive de toute vie humaine sur Terre et dans l'univers tout entier.
L'an dernier, Gregg Araki proposait sa vision grisante de la fin du monde dans Kaboom. Cette année, a priori, on n'est plus là pour rigoler.

Tag(s) : #cinéma

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