Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

L'autre soir, sans doute frappé par un accès de démence passagère, je me suis retrouvé sur M6 à regarder la 33 457e rediffusion de Pretty Woman, joyau kitscho-réac comme on n'ose plus en faire. C'était en 1990, en pleine digestion compliquée de l'ère Reagan/Thatcher, alors qu'on pouvait encore parler de "choc des civilisations" - qui oserait aujourd'hui ?

 

pw-copie-1

Si à 50 ans t'offres pas un collier serti de diamants,

c'est que t'as vraiment raté ta vie.

 

D'un handicapé social (Richard Gere en homme d'affaires) à un handicapé physique (François Cluzet en mode Téléthon), il n' y a qu'un pas. Et de fait, Intouchables et Pretty Woman racontent, grosso modo, la même histoire : la rencontre entre X (très riche, très blanc) et Y (très pute, très prison - au choix), issus de classes sociales diamétralement opposées, que d'aucuns jugent incompatibles ("nous n'avons pas les mêmes valeurs"), mais qui finiront par devenir inséparables et faire oublier cette satanée lutte des classes inconséquente et stérile.

Ensemble, X et Y vont s'apporter ce que leurs classes sociales sont incapables de leur fournir : un peu de légèreté pour l'un, de la reconnaissance et de l'argent pour l'autre, au grand dam de leur entourage qui n'en demandait pas tant. Sans aller jusqu'à une interprétation homosexuelle d'Intouchables (Monsieur Vanneste ne s'en remettrait sans doute pas), difficile de ne pas remarquer le même mode opératoire entre ces deux gros succès contemporains.

 

C'est donc sans grande suprise que les deux films accordent une place de choix à un des temples le plus clivant de la culture élitiste : l'opéra. Comment un corps étranger réagit-il dans un milieu lui étant a priori aussi hostile ? Dans chacun des deux films, la caméra s'amuse à observer les visages de Julia Roberts et Omar Sy se déformer à la vision du spectacle leur étant offert. Une étude de cas s'impose.

 

RÉACTION n°1 : PRETTY WOMAN (séquence entre 2'50 et 5'48)

Chez Julia Roberts, la réaction se fait un peu attendre. On l'imagine même un instant se lever comme une furie pour foutre sa main dans la gueule de ce pauvre Richard qui - disons-le franchement - se la ramène grave (et vas-y que je t'apprends à te servir de tes jumelles, et vas-y que je te casse, et vas-y que je t'explique la vie, et vas-y que je t'observe t'agiter puis chialer comme une madeleine). Et puis non, submergée par l'émotion de Verdi, les grosses larmes de crocodile prennent le dessus. Merci qui ? Merci la Culture avec un C majuscule môsieur !

 

   
RÉACTION n°2 : INTOUCHABLES

Chez Omar Sy, la réaction est a priori inversée, plus rapide, plus radicale, plus drôle aussi. Pretty Woman fait de l'opéra le curseur de dignité morale d'une personne (en gros si tu perçois la beauté suprême de l'opéra, tu rentres dans notre cercle sista'). À l'inverse, Intouchables en moque les artifices certes avec un populisme non feint, mais aussi un certain talent comique. Alors quoi ? On ne peut pas venir de la cité et aimer les arbres qui chantent en allemand ?

 


Dans les deux cas, le ressort reste pourtant le même : observer le peuple d'en-bas se confronter à quelque chose censé le dépasser, avec cette idée qu'une médiation s'impose (Richard tu gères), tout en admettant que civiliser le bon sauvage n'a rien d'une cinécure, mais peut se révéler sacrément poilant. Vous avez dit condescendant ?

 
Tag(s) : #cinéma

Partager cet article

Repost 0