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En France, on a Arnaud Montebourg, fervent défenseur du made in France, qui sait manier comme personne le mixer et porte la marinière à ravire. Fougue, flegme, classe. La France quoi.

En Angleterre ils sont moins vernis et ne peuvent en référer qu'à Bond, James Bond, qui n'hésite pas à trahir sa patrie pour vendre de la Heineken, du Coca-Cola, parfois de la BMW. Diantre.


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Quid de Skyfall alors ?, petit dernier d'une saga qui au demeurant ne m'a jamais vraiment passionné - ces courses poursuites sans intérêt dramatique (Bond est immortel), ces (Pif) gadgets à la deus ex machina, ces génériques interminablement chiants qui font saigner les oreilles, ces Bond girls-femmes objets exhibant leurs atouts mais au fond profondément chastes et puritaines, ce flegme qui se transforme vite en prétexte pour ne pas jouer, ces intrigues et rebondissements qui n'en finissent plus (un Bond de moins de 2h20 n'est pas un vrai Bond), ces répliques censées faire mouche quand on tue un méchant. Mouais.

Pourtant, émettre des réserves sur Skyfall alors que "la presse et le public du monde entier" le portent aux nues équivaudrait à un suicide réputationnel et me conduirait à un pugilat sur la place publique suivi d'une éviscération et d'un écartèlement pour finir au fond d'une fosse commune dans un coin paumé de Roumanie ou du Kazakhstan. Je ne dirai donc que du bien de Skyfall.

La BG Attitude

D'abord, comme James Bond, j'ai envie qu'on me foutte la paix, que mon boss et ma famille m'oublient 5 minutes et me laissent traîner tranquille sur une plage à l'autre bout du monde, avec de la meuf en bikini qui me triture le téton et un bar Club Med servant du Mojito à volonté où on fait des jeux marrants avec des scorpions pour que je puisse montrer que c'est bibi le plus fort (pour ceux qui ne l'avaient pas compris avec mon seul regard noir et pénétrant).

Ensuite, comme James Bond, j'ai envie de trouver la meilleure manière d'aider les gens autour de moi. Et quand je dis les gens, je veux dire les femmes. Comme James Bond, mon assurance et mon flegme trahiront la gêne de celles à qui je m'adresse qui ne pourront qu'avouer avoir été enrôlées de force à 11 ans dans une maison close dont elles sont depuis prisonnières, et j'irai leur faire l'amour dans la douche pour les libérer du sort maléfique qui leur a été jeté.

Aussi, comme James Bond, je ferai profiter au maximum la gente féminine (mais aussi la gente masculine socialo-bolchévisée par le "mariage pour tous") de mon torse minutieusement sculpté-manufacturé pour emballer grave. À noter que tous les contrats de Daniel Craig spécifient l'obligation de le montrer à poil plusieurs fois dans chacun de ses films. Quelqu'un pour compter les plans dans Skyfall ?

Enfin, comme James Bond, j'aurai le plus haut mépris pour les administratifs qui donnent des ordres sans bouger le cul de leur fauteuil, et comme James Bond, je serai ravi d'apprendre que le futur chef du MI-6 est en fait un ancien du Vietnam (ok c'est sûrement pas cette guerre-là mais au fond on s'en fout, l'essentiel étant que l'administratif en question sache ce que c'est le "terrain"). Car comme le disait un grand petit philosophe français : "les commentateurs ils commentent. Moi je suis du côté des acteurs donc j'agis." LOL.

 

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Une bière, un mur en pierre, une déco authentique et chaleureuse, une meuf qui te triture le téton :

elle est pas belle la vie ?

 

L'enjeu narratif primaire de Skyfall est au fond assez faible (une liste volée au MI-6 fragilise de nombreux agents infiltrés), la mécanique ne s'emballant véritablement qu'à partir de la première heure avec l'arrivée plutôt magistrale de Silva (Javier Bardem blond platine). 

De ce MacGuffin somme toute banal, Sam Mendes en extirpe le potentiel freudien en creusant les motivations de Silva (puis celles de Bond un peu plus tard) qui n'agit que pour se rapprocher de M (la chef du MI-6, pas le chanteur) dont il fut l'agent modèle, avant de se laisser griller comme un vulgaire fusible interchangeable entre mille (allo Freud ?). Passer de chouchou à cancre au fond de la classe, forcément ça fait mal au Moi, au Ça et au Surmoi.

 

This is the end

Rapidement on pense au Colonel Kurtz de Apocalypse Now, interprété par Marlon Brando. Lui aussi était le meilleur d'entre tous, rendu fou par les horreurs de la guerre et la cruauté de l'homme. Lui aussi est pourchassé par un de ses semblables, son double inversé, engagé dans une quête avant tout existentielle. Lui aussi ne fait que mettre en scène sa propre mort, cherchant du sens là où le marasme a vaincu les derniers soubresauts d'une humanité désenchantée. Quand, vers la fin de Skyfall, surgit de l'obscurité un hélicoptère lâchant des décibels au kilo pour impressionner l'adversaire, l'analogie avec le chef-d'oeuvre de Coppola se fait criante.

 

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Une scène censurée par Civitas et Lionel Jospin

 

Cette constante mise à distance est ce qui fait la force tout autant que la faiblesse du dernier Bond. La force, car entendre les allusions (homo)sexuelles du personnage interprété par Bardem à l'encontre de Bond fait merveilleusement sens si l'on pense à la charge sexuelle inhérente au pouvoir qu'ils incarnent. La force, car on s'amuse à compter les références plus ou moins explicites auxquelles Mendes renvoie (la maison assaillie de La nuit des morts vivants, le style sombre des Batman de Christopher Nolan, la prison de verre de Hannibal Lecter dans Le silence des agneaux, et bien sûr la mythologie bondienne des origines, celle de Miss Moneypenny, de l'Aston Martin, des bureaux en bois de chêne).

La faiblesse, car il arrive un moment où la référence et la distanciation (sublimée par l'ironie de Silva) ne suffisent plus, voire nuisent au déploiement du récit et à sa régénérescence.

 

Skyfall est d'abord un film sur les démons intérieurs, thème cher à Sam Mendes qui, de American Beauty aux Noces rebelles, ne cesse d'interroger ce que les apparences dissimulent. Qu'y a-t-il derrière la manifestation de force et de puissance d'un personnage tel que James Bond ? Quels sont ses secrets et surtout ses failles ?

La réussite de Skyfall est aussi à chercher de ce côté-là, dans notre identification avec la face obscure d'un héros populaire soudain (un peu) moins unidimensionnel qu'auparavant.

 

Skyfall

de Sam Mendes

USA, Royaume-Uni / 2012 / 2h23 

avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Naomie Harris, Ben Whishaw

scénario Neal Purvis, Robert Wade, John Logan

arnaud montebourg se rhabille pour la france 7800 north 626

Arnaud Bondemourg


Tag(s) : #cinéma

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